Depuis quelques semaines la presse grand public est dithyrambique sur la survenue d’un « Super » El Niño, qui pourrait être « le plus intense des dix dernières années », pourrait « faire de 2027 l’année la plus chaude jamais enregistrée », ou encore « le scénario qui se dessine pour 2026 pourrait être le plus violent jamais vu ».
Je sais que la presse adore le sensationnel et les scénarios catastrophes, mais gardons la tête froide dans ce réchauffement médiatique. Tout en prédisant le retour rapide d’un épisode El Niño au deuxième semestre 2026, certains scientifiques sont plus mesurés dans leur appréciation des probabilités de développement du phénomène quand d’autres, au contraire, s’en inquiètent.
L’Office Météorologique Mondial
Le dernier bulletin mensuel de l’OMM sur les tendances climatiques mondiales signale un changement net dans le Pacifique équatorial : les températures de surface de la mer augmentent rapidement, laissant présager un retour probable des conditions El Niño dès mai-juillet 2026. Les prévisions indiquent une « prédominance quasi mondiale de températures de surface terrestres supérieures à la normale » au cours des trois prochains mois, ainsi que des variations régionales dans la répartition des précipitations.
Les épisodes El Niño influencent les régimes de température et de précipitations dans différentes régions et ont généralement un effet de réchauffement sur le climat mondial. Ainsi, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en raison de la combinaison d’un puissant épisode El Niño en 2023-2024 et du changement climatique d’origine humaine lié aux gaz à effet de serre.
Cependant, Il n’existe encore aucune preuve que le changement climatique augmente la fréquence ou l’intensité des phénomènes El Niño. Mais il peut amplifier leurs impacts, car le réchauffement de l’océan et de l’atmosphère augmente la disponibilité d’énergie et d’humidité pour des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur et les fortes précipitations.
Le Centre de Prédiction du Climat de la NOAA
Dans son rapport du 27 avril, le CPC observe des conditions actuelles ENSO neutres. Les températures équatoriales de surface de la mer (SST) sont proches ou supérieures à la moyenne dans le centre-est de l’océan Pacifique. Ces conditions ENSO neutres sont attendues d’avril à juin 2026 (probabilité de 80 %). En mai-juillet 2026, El Niño devrait se manifester (probabilité de 61 %) et persister au moins jusqu’à la fin de l’année 2026.
Les prévisions du CPC concernant l’intensité probable de l’ENSO, mises à jour le 9 avril 2026, sont mesurées : entre novembre 2026 et janvier 2027, les chances qu’un phénomène El Niño d’intensité très forte, forte ou modérée, se produise sont pratiquement équivalentes (25 %).
Copernicus – ECMWF
Au Climate Change Service (C3S) de la division Copernicus du Centre Européen de Prévisions Météorologique à Moyen-Terme, le ton est plus alarmiste. Le mois de mars 2026 a enregistré la deuxième température de surface de la mer (SST) la plus élevée jamais observée, derrière mars 2025, reflétant une transition probable vers des conditions El Niño, comme le rapporte leur dernier bulletin climatique. Des conditions El Niño fortes ou très fortes pourraient contribuer à une nouvelle année record, les eaux de surface plus chaudes du Pacifique équatorial libérant davantage de chaleur dans l’atmosphère.
Carlo Buentempo, le directeur du C3S, a partagé son inquiétude dans ces termes :
Les données Copernicus pour mars 2026 dressent un tableau inquiétant : une hausse de 1,48 °C par rapport aux niveaux préindustriels, la plus faible étendue de glace de mer arctique jamais enregistrée pour un mois de mars, et des températures de surface de la mer qui se rapprochent à nouveau de records historiques. Chaque chiffre est frappant en soi ; ensemble, ils brossent le tableau d’un système climatique soumis à une pression soutenue et croissante. Des données fiables, produites de manière opérationnelle à partir de milliards de mesures provenant de satellites, de navires, d’avions et de stations météorologiques, ne sont plus un luxe scientifique. Elles constituent le fondement essentiel de toute adaptation climatique et de toute réponse politique sérieuses. »
Il est donc difficile de trancher entre les appréciations divergentes des scientifiques. Je préfère pour ma part rester prudent et suivre l’évolution du phénomène sur les sites scientifiques spécialisés plutôt que dans la presse à grand tirage. On a déjà bien d’autres sujets d’inquiétude immédiats, il me semble inutile d’en rajouter.



